Jar City, un film de Baltasar Kormakur, d'après le le best-seller La Cité des Jarres (Arnaldur Indridason), à l'affiche depuis le 27 Août.
Notre avis :
Qu’est l’Islande sans cascades, champs de lave ou sublimes glaciers ? Qui sont ceux qui y vivent ? Dans Jar City, les paysages sont désertiques, angoissants. Tout comme les protagonistes, électrons libres car seuls, paumés dans ce qu’ils ont de vide en eux : une existence pure et dure. Bien loin des superbes cartes postales qui vantent les beautés de l’île, le spectateur assiste à des éclats d’humanité, dans ce qu’elle a de plus cru.
Erlendur, inspecteur à Reykjavik, enquête sur un meurtre apparemment anodin. Et de lancer dès son arrivée sur la scène du crime : “C’est un meurtre typiquement islandais : bordélique et sans intérêt”. Bien sûr, il en sera tout autrement. Comme seul indice : la tombe d’une petite fille, en photo. L’inspecteur va échouer à Jar City, où les pistes se feront plus ou moins franches. Il va échouer littéralement, de tout son corps, car il est un homme cabossé. Sa fille, droguée jusqu’à la moelle, son appartement désolant, son balcon ridicule. Et sans cesse, cette cigarette qui le fait se sentir vivant, sorte d’unique passerelle vers les sens. Parallèlement, un couple perd une enfant de 4 ans, victime d’une tumeur cérébrale. L’enterrement, évidemment dramatique, pousse le spectateur a trouver le petit corps sans vie d’une terrible sensualité. Dérangeant, donc.
Les deux parcours, celui de l’homme cabossé et du couple qui ne l’est pas moins, tend inexorablement vers une rencontre. Ainsi, bien plus que le meurtre en lui-même, le réalisateur visite les peines du genre humain, et se plaît à peindre des moments forts, vrais. La nourriture est glaçante, les personnages l’engloutissent. Erlendur aime à décortiquer une tête de mouton tout en fouillant des textes religieux, à la quête d’une explication au meurtre. Son couteau court sur la chaire, il se régale. Mais il est malheureux, profondément. En somme, des gens qui se forcent à vivre à défaut d’exister, une ambiance suffocante, et du sang comme remède au le désespoir. Tout cela sur fond de génétique. Car on découvre très vite l’existence d’une base de données, véritable répertoire de la population islandaise, qui permet de fouiller le passé. Pour la recherche médicale, cela va sans dire.